Si vous avez déjà vu une photo d'un studio de doublage, vous avez vu un comédien devant un micro, l'écran au-dessus, et un ruban de texte qui glisse horizontalement en bas de l'image. Ce ruban s'appelle la bande rythmo. C'est l'outil central du métier, et il explique pourquoi les comédiens tombent juste au dixième de seconde.
Le texte défile de droite à gauche, exactement à la vitesse de l'image. Un repère vertical fixe marque le centre. Quand un mot franchit ce repère, c'est le moment de le dire.
Tout est là. Le comédien ne lit pas un texte en essayant de deviner quand parler : le texte lui-même transporte l'information temporelle. Il n'a plus qu'à jouer.
On imagine volontiers qu'il suffit d'avoir les répliques sous les yeux. En pratique, un script pose trois problèmes que la bande rythmo résout d'un coup.
Il ne dit pas quand commencer. Une réplique qui démarre trois dixièmes de seconde trop tôt se voit immédiatement à l'écran : la bouche du personnage est encore fermée.
Il ne dit pas à quelle vitesse parler. Une phrase française plus longue que l'anglaise d'origine doit être dite plus vite, ou raccourcie. Sur la bande, cette contrainte est visible : le texte est plus serré.
Il oblige à regarder deux choses. Le comédien devrait faire l'aller-retour entre son papier et l'écran. La bande rythmo est dans l'image : un seul regard suffit.
Le procédé naît en France dans les années 1950. À l'époque, la bande est un vrai ruban de celluloïd transparent, sur lequel un détecteur écrit le texte à la main, calligraphié, en étirant ou en resserrant les lettres pour épouser le débit de l'acteur. Le ruban défile mécaniquement sous l'écran, entraîné en synchronisme avec le projecteur.
Tout est numérique aujourd'hui, mais le vocabulaire et les conventions sont restés. Le métier de détecteur, celui qui repère les mouvements de lèvres et cale le texte, existe toujours.
Une bande rythmo professionnelle ne contient pas que du texte. Des conventions y notent ce qui ne s'écrit pas :
Dubba génère la bande automatiquement à partir de la transcription. Chaque réplique est placée au moment exact où elle est prononcée dans la vidéo, et chaque personnage détecté reçoit sa propre ligne et sa propre couleur : vous voyez d'un coup d'œil quand c'est à vous.
Un conseil qui change tout la première fois. Ne lisez pas le mot qui arrive : lisez celui d'après. Votre voix a un temps de retard sur votre œil. Les comédiens expérimentés ont toujours une longueur d'avance sur le repère, c'est ce qui leur permet de tomber juste sans avoir l'air de lire.
À indiquer le moment précis où prononcer chaque mot, sans quitter l'image des yeux.
Parce qu'un script donne les mots mais pas le rythme, et qu'il force à regarder ailleurs que l'écran.
Non. C'est une spécificité française, adoptée dans quelques pays voisins. Ailleurs, on travaille souvent au script avec des repères sonores, ce qui explique des styles de doublage différents.
Moins qu'on ne le croit. La difficulté n'est pas la lecture mais le jeu : dire une réplique juste tout en respectant une contrainte de temps. Cela s'apprend en quelques prises.
Le raccourcir. C'est le travail de l'adaptateur en doublage professionnel : trouver une formulation qui dit la même chose dans le temps de la bouche. Vous pouvez modifier le texte de votre bande dans Dubba.